Pourquoi veux-tu devenir multi-orgasmique ?
Explorons la question du multi-orgasme masculin et du *edging*, en questionnant les motivations profondes derrière cette recherche de plaisir intense. À travers une réflexion sur la différence entre plaisir superficiel et satisfaction profonde, je t'invite à reconsidérer le rôle de l'orgasme dans la sexualité et à privilégier la communion et le *slow sex* plutôt que la performance.
Durée : 28 minutes
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Transcription raffinée
J'ai récemment fait une vidéo sur le edging et j'ai reçu un commentaire qui me disait : « le vrai edging n'est-il pas considéré comme bon pour devenir multi-orgasmique ? » Une question qui tombe à pique, puisque j’avais l’intention d’aborder le thème du livre L'homme multi-orgasmique de Mantak Chia.
Le edging est une des techniques diffusées par Mantak Chia pour devenir multi-orgasmique. Elle consiste à faire monter l'excitation en se stimulant jusqu'au point de non-retour, puis à arrêter pour faire redescendre l'excitation et recommencer. Avec ou sans partenaire, on peut faire ça pendant des heures tant qu’on n’éjacule pas, et éventuellement parvenir à séparer l'orgasme de l'éjaculation. C’est ainsi qu’on peut parvenir à avoir plusieurs orgasmes pendant un rapport sans éjaculer.
Beaucoup d'hommes croient que, parce qu’il n’y pas d’éjaculation, on ne perd pas d'énergie – mais c'est faux. Ou du moins, ça peut être faux, en fonction de la fréquence et l’intensité de cette pratique, mais aussi des partenaires et de notre propre état de santé.
Pourquoi veux-tu être multi-orgasmique ?
Avant que je réponde moi-même à cette question en détaillant ce qui m’attirait dans cette idée, je t'invite à mettre ta lecture sur pause pendant 10-15 minutes pour laisser les réponses venir à toi.
À chaque réponse que tu reçois, continue de demander pourquoi. Pourquoi je pense ça ? Pourquoi je crois ça ? Fais ça continuellement pour aller au fond des choses, car souvent les premières réponses sont superficielles et ne révèlent pas la cause fondamentale.
Fais comme l’enfant curieux qui n'arrête pas de demander pourquoi à ses parents. C'est ça qu'il faut cultiver en nous, même à l'âge adulte. La curiosité est une de ces choses qu'on devrait garder de notre enfance jusqu'à notre mort. La plupart des adultes aujourd'hui ne cherchent pas à comprendre, pour plein de raisons : manque de temps, d'espace, accaparés par la vie et les distractions. Mais c'est important de prendre du temps, ne serait-ce que 10 minutes par jour, pour faire de l'introspection et explorer l’origine de nos motivations derrière nos actions.
Les raisons pour lesquelles j'ai contemplé l'idée de devenir multi-orgasmique sont : avoir plus de plaisir personnel, procurer plus de plaisir à ma partenaire, être prêt pour mes futures partenaires, et parce que j'étais précoce, trop facilement excitable.
Si je vais plus loin, je me demande :
- Pourquoi je réponds que je suis précoce ? C'est, en partie, de l'égo. Probablement parce que je ne veux pas que mes partenaires aient affaire à quelqu'un de précoce. [Je pourrais aussi me demander : pourquoi suis-je précoce ? D’où vient cette excitabilité ?]
- Pourquoi aimerais-je avoir plus de plaisir personnel à travers plus d'orgasmes ? Peut-être parce que je ne suis pas profondément satisfait dans l'ensemble de ma vie.
- Pourquoi ai-je envie de procurer plus de plaisir à mes partenaires à travers le sexe ? Est-ce un manque de confiance ? Est-ce que je pense que c'est la meilleure chose que j'aie à offrir à une femme ? Aujourd'hui, avec le cheminement que j'ai fait, je peux dire que c'est de loin pas la meilleure chose que j'aie à offrir.
Je dois préciser : je ne juge pas le plaisir ou le sexe péjorativement. J'explore simplement ce qu'il y a derrière notre tendance à vouloir augmenter le plaisir. Le plaisir est fondamental dans nos vies. Sans plaisir, on meurt à petit feu. Mais il faut distinguer les plaisirs superficiels de la satisfaction profonde.
L'orgasme est la sensation de plaisir la plus intense qu'on puisse ressentir en tant qu'être humain. Mais il n'est pas – en soi – profondément satisfaisant.
Ce qui est fondamental dans notre envie de sexe, c'est que le sexe à la base est la communion entre le masculin et le féminin. Et l’acte charnel peut avoir une dimension spirituelle. Le meilleur acte sexuel possible, c'est quand on est connecté sur tous les plans : physique, émotionnel, mental, intellectuel et spirituel. Mais pour vivre cette communion, on n'a pas nécessairement besoin de l'orgasme.
C'est là qu'intervient le slow sex, où l'accent n'est pas mis sur l'excitation mais sur sa maîtrise et la lenteur. L'acte dure plus longtemps, on se connecte à d'autres sensations. Ça attire davantage les femmes car elles sont plus connectées et ressentent beaucoup plus de choses que les hommes en général.
J'ai le souvenir d'un rapport avec mon ex où on explorait la lenteur. À un moment, elle m'a dit : « Là, je sens ton énergie.» Moi, j'étais trop focalisé sur contrôler mon excitation pour vraiment me connecter et sentir son énergie. J'étais trop excitable et mes parties génitales étaient trop sensibles à l'époque car j’avais l’habitude de faire descendre mon énergie à cet endroit trop souvent sans la faire circuler. La rétention séminale – ou plutôt l'abstinence aide entre autres à désensibiliser nos parties génitales et notre cerveau pour qu'on soit moins excitables.
Les femmes sont plus sensibles et peuvent mieux se connecter à différentes sensations dans leur corps au niveau énergétique. En tant qu'homme, surtout si on est facilement excitable, on ressent beaucoup de sensations au niveau génital et c'est très difficile de se connecter aux sensations ailleurs.
Dans le livre de Mantak Chia, il y a justement ce principe de faire circuler l'énergie, ce qui est bien. Mais le edging a répétition quant à lui n'est pas nécessaire et peut même être risqué. Sur le forum stopfap.org, des hommes témoignent que les méthodes de ce livre leur ont causé des problèmes physiologiques.
Le slow sex consiste à contrôler l'excitation sans aller trop haut, rester à 50-60% d'excitation. On évite ainsi les effets néfastes qui surstimulent le système nerveux. Si on va trop loin dans l'excitation, même sans éjaculer, on continue d'alimenter le circuit de la dopamine avec une intensité excessive.
Si tu pratiques l’abstinence totale (au niveau mental aussi, évitant les fantasmes et de regarder des images suggestives) après 6 mois ou plus, je pense que tu gagneras en endurance dans les rapports sexuels. Tu seras moins excitable sans avoir eu besoin de pratiquer une quelconque technique pendant des mois.
J'ai abandonné ce projet de devenir multi-orgasmique il y a une dizaine d'années parce que c'était trop laborieux.
Si tu veux être multi-orgasmique, fais le travail nécessaire pour y parvenir, procure-toi trois orgasmes de suite et observe comment tu te sens avant, pendant l'excitation, pendant les orgasmes et après. Ne crois pas sur parole ce que je dis. Fais l'expérience et regarde : tu te sens vraiment bien, ou agité ? Comment tu te sens le reste de la journée ? Calme ? Tu dors mieux ? Ton énergie est stable ou dispersée ? Je n’ai pas la réponse, puisque je n’ai pas pratiqué. Mais mon objectif personnel est d'être le plus calme et stable possible en toutes circonstances.
En tout cas, le edging avec ta partenaire une fois par semaine ou par mois, sans que l'acte dure 5 heures avec une excitation trop haute, a beaucoup moins de conséquences négatives que de le faire seul devant des images à caractère sexuel pendant 2-3 heures par jour. Il y a toujours des nuances.
Pense à l'orgasme concrètement. Si un enfant qui ne connaît pas le sexe voyait une femme avoir un orgasme, il verrait quelqu'un qui tremble et a des spasmes. Il se dirait probablement : « Elle ne va pas bien, elle fait un malaise. » Les crises d'épilepsie, c'est presque la même chose, visuellement. Ça donne une idée de ce que ça fait à notre système nerveux. C'est une sensation de plaisir intense, donc il y a du bénéfice, c’est vrai, mais trop d’excitation trop souvent devient néfaste pour le système nerveux et peut déstabiliser notre corps-esprit.
[Edit : certaines approches comme la thérapie somatique ou le travail de Reich/Lowen considèrent l'orgasme comme ayant un potentiel thérapeutique de régulation du système nerveux autonome.]
Toutes les hormones et neurotransmetteurs libérés pendant l'orgasme, on peut les obtenir de plein de manières différentes, avec des doses moins intenses, moins addictives et plus douces pour le système nerveux. Dans une conversation, tu peux être en communion avec une autre personne et ressentir une profonde connexion. Par le toucher, les massages, les câlins. Il n'y a pas besoin d'être dans un acte sexuel pour ça.
Je suis juste en train d'amener de la conscience pour distinguer les bienfaits du sexe des autres manières d'obtenir ces bénéfices. Poussé à l'excès et avec inconscience, le sexe devient masturbatoire et a des conséquences indésirables.
Le edging et vouloir devenir multi-orgasmique cultivent notre addiction à la dopamine. C'est une question de fréquence et d'intensité, mais ce n'est pas nécessaire. Il faut arrêter cette obsession de l'orgasme.
Est-ce que devenir multi-orgasmique est vraiment le but ultime ? N’y a-t-il rien de plus sage comme objectif pour toi maintenant ? C'est à toi de faire cet examen personnel.
Qui suis-je pour te dire quoi faire ?
Personne ne sait ce qui est le mieux pour toi.
Personne d’autre que toi-même, quand tu es connecté à ton higher self.
Si ça se trouve, devenir multi-orgasmique est là chose à faire pour toi, maintenant.
Mais si tu as encore des addictions – notamment à la dopamine comme la plupart des gens aujourd’hui – c'est un signe que ta vie n'est pas profondément satisfaisante et que tu manques d'alignement. C'est un cercle vicieux : les habitudes compulsives et les addictions te maintiennent éloigné de ta vocation, tandis que ne pas avoir trouvé ta vocation te fait poursuivre les plaisirs superficiels.
Reconnecte-toi à des choses qui t'ont fait vibrer, qui t'intéressent par curiosité. Au début, il faut un peu se forcer car l'addiction à la dopamine intense rend difficile de commencer des activités sans gratification instantanée. Il faut fournir un effort mental pour rester dans cette nouvelle activité douce. Si tu ne sais pas quoi faire, teste plein de choses au pif. Rejoins un cours de dessin, de poterie, de théâtre. Ça peut être désagréable au début, mais après 30 minutes tu vas rentrer dans l'activité, avoir de la dopamine naturelle et vouloir continuer. Et puis il y a le bonus pas des moindres de rencontrer des gens sympas.
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